1.3.09

DES TROMPE-L'OEIL CINÉMATOGRAPHIQUES

[Jour 164]

J'ai visionné deux films récemment qui, à première vue, peuvent paraître similaires en raison du sujet abordé - celui de l'adolescence - mais qui offrent chacun quelque chose de vraiment unique. Il s'agit d'American Teen (de Nanette Burstein, E-U, 2008) et de À l'Ouest de Pluton (de Myriam Verreault et Henry Bernadet, Québec, 2008)

Je pourrais dire plusieurs choses sur ces films, mais je me limiterai à ce qui, pour moi, a été le plus frappant: leur relation ambiguë avec le genre auquel ils appartiennent.

American Teen est un documentaire. Une équipe de tournage a suivi pendant un an cinq élèves d'un high school en Indiana, tous et toutes facilement étiquetables: il y a la blonde prom queen qui est "bitch" avec tout le monde, il y a le sportif, le nerd, le beau gars et surtout la fille cool/artiste/musicienne qui ne cadre pas du tout dans le décor du Midwest américain.
En frais de documentaire, il serait difficile de trouver plus lèché. La façon dont les plans s'enchainent donne au film une allure d'émission de télé-réalité super paufinée mais dont on finit souvent, en contrepartie, par douter de l'authenticité. C'est un documentaire qui prend les habits du teen flick et qui essaie, on dirait, de convaincre les spectateurs/trices qu'ils sont en fait en train de regarder un film avec des personnages fictionnels.



Là est le problème. Un documentaire, pour être crédible, ne peut pas aller jouer dans les plates-bandes de la fiction. Ça finit par faire trop "arrangé avec le gars des vues". Même si American Teen est un film divertissant et de qualité (il a gagné un prix à Sundance), il n'offre tout simplement pas l'objectivité du genre auquel il appartient.

Le plus intéressant dans tout ça, c'est que la situation inverse - un film fictionnel qui prend les allures d'un documentaire - n'attire pas les mêmes critiques. Au contraire. Plus il s'approche du sérieux et de l'authenticité du documentaire, plus on est surpris de son réalisme. Lorsque réalisé avec tact, le film fictionnel peut ainsi énormément gagner à se "déguiser" en documentaire. Et c'est justement le cas de À l'ouest de Pluton, un film québécois comme on en voit trop peu. Ici, on suit pendant 24 heures un bande d'étudiants qui habitent la banlieue de Québec. Les dialogues sont d'un naturel éblouissant. On se demande parfois comment les co-réalisateurs du film ont réussi à mettre dans la bouche des acteurs des tics de langage aussi "vrais". Pour couronner le tout, des plans de banlieue superbes et une trame sonore (Boards of Canada, Sigur Ròs, etc.) qui ne pourrait mieux coller au style du film. La bande-annonce donne une petite idée de ce que je veux dire:



Entre American Teen et À l'ouest de Pluton? je choisis le deuxième, sans hésiter une seconde!

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